ET SI NOTRE CORPS NOUS AIMAIT DÉJÀ ?

J’enseigne le chant de manière profondément organique.

Chaque être humain qui se présente devant moi porte une histoire unique. Son corps, sa voix et son instrument le sont tout autant.

À travers mon chemin personnel, intérieur, professionnel et musical, ma compréhension de l’instrument vocal ainsi que tout ce que la vie m’a permis d’expérimenter au fil des années, je guide et accompagne mes élèves afin qu’ils osent partir à la rencontre d’eux-mêmes.

Je ne crois pas qu’il soit possible de « donner » une voix à quelqu’un. Bien au contraire. J’aime leur dire que ce sont eux qui, peu à peu, me révéleront la leur.

Car elle existe déjà.
Elle leur appartient.

Et lorsque cette rencontre commence à se produire, il m’arrive de leur rappeler :

« Tu sais, quand tu chantes, ton corps t’aime. »

Je ne m’étais plus vraiment arrêtée à ces mots, tant ils faisaient désormais partie de moi, jusqu’à ce que tout récemment, l’une de mes élèves y soit particulièrement sensible…

Quelques jours plus tard, en lisant ce qu’elle avait elle-même choisi de partager, j’ai découvert qu’elle écrivait n’avoir jamais entendu cette phrase formulée ainsi. Elle expliquait que nous avons davantage l’habitude d’entendre cette invitation :

« Aime ton corps. »

Et je dois avouer que cette remarque a propulsé ma réflexion plus loin encore.

Car, bien souvent, nous cherchons à apprendre à aimer notre corps.

Mais… avons-nous déjà envisagé l’inverse ?

Et si notre corps nous aimait déjà ?

Plus jeune, j’ai moi-même observé mon corps comme quelque chose qu’il fallait corriger, combattre ou convaincre. Je croyais qu’il me nuisait, qu’il me limitait, qu’il était injustement contre moi.

Il a toujours été dense, intense et parfois inconfortable. Peut-être est-ce justement pour cela qu’il m’a appris à l’incarner.

Je l’ai aussi évalué à travers les yeux des autres, sous la pression du regard et des jugements de la société. Pendant longtemps, c’est ainsi que j’ai cru devoir mesurer ma valeur.

Comme beaucoup, j’ai connu l’insatisfaction, jusqu’au jour où j’ai commencé à reconnaître en lui un compagnon inséparable d’une fidélité inébranlable. 

C’est à travers lui que je vis, que nous vivons, que nous aimons, que nous ressentons… et que nous chantons.

Un jour, quelqu’un m’a dit trouver ma silhouette un peu trop imposante.

Je lui ai alors demandé :

« Aimez-vous ma voix ? »

« Votre voix est exceptionnelle », m’a-t-on répondu.

Et j’ai simplement répondu :

« Alors la voix que vous entendez appartient au corps que j’ai… et que vous voyez. »

Aujourd’hui, quelque chose a changé.
J’ai appris à me relier à lui autrement.
Mon premier regard ne vient plus de l’extérieur… mais bien de l’intérieur.

Et plus le temps passe, plus sa fidélité éveille en moi gratitude et respect.

À 61 ans, ce ressenti continue de m’habiter, à chaque souffle, dans les jours de joie comme dans les jours d’épreuve, dans la lumière comme dans l’ombre.

Bien des regards se posent sur les corps, et avec eux, viennent trop souvent des perceptions erronées et des attentes exigeantes.

Mon corps n’a pas échappé à ces regards, ni aux interprétations qu’ils suscitent encore parfois.
Certains y ont projeté un manque de volonté, de détermination ou de caractère.
Pourtant, il portait déjà bien davantage… que ce que l’on pouvait voir.
Les apparences racontent rarement toute l’histoire.

Mais les années ont passé.

Et ceux qui l’ont jugé sont partis.

Lui est resté.

Silencieux.
Loyal.
Existant.

Lorsque je pense aux grandes amitiés qui traversent le temps, je suis reconnaissante de leur présence car elles demeurent malgré les imperfections, les incompréhensions, les blessures… et parfois même les silences.

Alors, quel que soit notre âge, notre forme ou notre taille, j’aime croire que le fait que notre corps ne nous ait jamais abandonnés est peut-être sa manière à lui de nous témoigner sa loyauté.
Ou plus humblement, de nous donner le temps de l’écouter, de le comprendre… et de le remercier.

Bien sûr, cette manière de voir les choses n’appartient qu’à moi. Elle ne nie ni la souffrance, ni la maladie, ni les limites de notre condition humaine.

Mais ma propre compréhension de la vie m’amène à croire que nous ne sommes probablement pas les seuls à apprendre à aimer notre corps.

Peut-être lui-même nous aime-t-il déjà, à sa manière… depuis toujours.

Et si sa présence douce et discrète, résonnant en arrière-scène, était son propre langage d’amour ?

Vos échos sont les bienvenus !

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